AbonnementRSS

Hollande condamne l’emploi par M. Sarkozy du terme d’ « épuration »

Le PS, qui condamne « les incidents » survenus la veille lors de la visite de Nicolas Sarkozy à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), estime, vendredi 2 mars, que le président-candidat « surjoue l’indignation » et dénonce vivement l’emploi du terme d’ « épuration ».
Se désolant « de voir que des militants socialistes s’associent à des indépendantistes dans des manifestations de violences », M. Sarkozy a rendu responsable M. Hollande de manifestations à son encontre, l’accusant même d’avoir « échauffé les esprits de la base » en « annonçant l’épuration » à la tête de l’Etat.

Interrogé vendredi sur l’emploi de ce mot par Nicolas Sarkozy, la veille, François Hollande a déclaré au Monde : « Le mot d’épuration est particulièrement mal choisi. Il traduit une mauvaise inspiration, une mauvaise connaissance de l’Histoire, et un détournement de mes propres propositions. »

M. Sarkozy a employé ce terme en référence aux propos tenus le 19 février par son rival socialiste, qui l’avait accusé d’avoir mis en place « un Etat UMP », « un système » dans la police et la justice, en avertissant que les hauts fonctionnaires « liés à ce système auront forcément à laisser la place à d’autres » s’il était élu à l’Elysée.

Le candidat socialiste, qui se défend de vouloir pratiquer un grand nettoyage, a précisé au Monde : « Évoquer l’épuration, un moment particulier de notre Histoire, c’est considérer que nous voudrions mettre en procès les hauts fonctionnaires, ce qui n’est pas le cas. Mais dix ans de droite au pouvoir, notamment au ministère de l’intérieur, avec des fonctionnaires mis en examen, ça aboutit à un système. »

« SURENCHÈRE VERBALE »

Les paroles vives de M. Sarkozy concluent une mauvaise semaine pour le candidat de l’UMP, qui continue de courir derrière son principal rival dans les sondages.

« Je ne participe pas à cette surenchère verbale, à ces excès », avait assuré auparavant M. Hollande lors d’un déplacement, vendredi matin, à Paris. « Les Français attendent une campagne digne, le candidat sortant, qui sort déjà d’un quinquennat de l’excès, ne devrait pas faire une campagne de l’excès », a-t-il déclaré.

La veille, M. Hollande a appelé, lors d’un meeting à Lyon, à « ne jamais céder », dans cette campagne, « à la polémique inutile, à la violence verbale et encore moins à la violence physique ».

« UN DÉRAPAGE GRAVE »

« Un président de la République doit être à la hauteur de sa fonction dans les mots qu’il tient », a aussi mis en garde l’un des porte-parole de François Hollande, Bernard Cazeneuve, vendredi, sur France Inter. Selon ce dernier, l’emploi par M. Sarkozy du terme d’épuration « est inadmissible » et constitue « un dérapage grave qui témoigne un énervement et une perte de sang-froid » de sa part.

Bernard Cazeneuve par franceinter

« C’est un peu hallucinant quand même : François Hollande a simplement indiqué qu’un certain nombre de hauts fonctionnaires mis en place par Nicolas Sarkozy avaient vocation à changer. De là à parler d »épuration’… Il faudrait que le président de la République tienne un peu ses nerfs », a renchéri le député de Paris, Jean-Christophe Cambadélis, sur LCI. « Les incidents sont regrettables, mais le président de la République surjoue l’indignation », a estimé M. Cambadélis.

« Les termes employés par M. Sarkozy sont tout à fait inacceptables », a estimé dans la même veine Elisabeth Guigou. L’épuration, « c’est plusieurs milliers de morts ! Mais où est-on ? M. Sarkozy perd ses nerfs, il sent que sa campagne ne prend pas (…). Ses expressions d’hier renvoient à ce qu’il y a de plus détestable dans sa personnalité », selon elle.

Les socialistes présents dans les médias, vendredi matin, ont de nouveau souligné que le PS n’approuvait pas l’attitude des manifestants, la veille, à Bayonne. « Nous condamnons les violences verbales et physiques qui n’ont pas lieu d’être dans une campagne », a par exemple déclaré la députée PS de Seine-Saint-Denis Elisabeth Guigou, sur Radio Classique et Public Sénat.

« AUCUN MILITANT SOCIALISTE » IMPLIQUÉ

Y avait-il des militants socialistes ? « Je n’en sais rien », a répondu M. Cambadélis. « Il y avait des gens qui tenaient le programme de François Hollande. De là à dire que c’étaient des militants socialistes, il y a un pas que franchit allègrement le président de la République. Il veut faire un amalgame. Il est un peu en difficulté, donc il s’accroche à toutes les occasions de rebondir. »

« Tous les propos tenus par les leaders de l’UMP laissant entendre qu’il y aurait pu avoir une organisation de cet événement sont nuls et non avenus », a insisté M. Cazeneuve. Le directeur de la communication du candidat, Manuel Valls, a assuré jeudi qu' »aucun militant socialiste » n’était impliqué dans les incidents.

L’UMP MET LA PRESSION SUR HOLLANDE
Depuis jeudi, plusieurs membres de l’UMP rejettent la responsabilité des incidents sur le PS, tel François Fillon, estimant jeudi que ce n’est « pas digne d’une démocratie moderne ». Le premier ministre a également pressé M. Hollande de « condamner ces dérives inacceptables », comme d’autres membres de la majorité.

Le patron de l’UMP, Jean-François Copé, a par exemple dénoncé des « violences inadmissibles » et « exigé » que le candidat PS « condamne avec la plus grande fermeté » ces « agissements inacceptables de ses partisans ».

De son côté, Dominique de Villepin, candidat de République solidaire à la présidentielle, a vu vendredi dans les incidents de Bayonne le résultat de « cinq ans de frustration » et « de cinq ans de promesses non tenues ».

David Revault d’Allonnes (avec AFP)

Commentaire

Laisser votre commentaire!