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Hollande au Bourget : cap à gauche !

Devant 25.000 supporters chauffés à blanc, le candidat socialiste a raconté l’histoire d’un homme de gauche.

Le privilège d’un candidat à la présidentielle en tournée, c’est de bénéficier d’une première partie. Appelé pour ambiancer l’immense hall 2 du Parc des expositions du Bourget, Yannick Noah a un point commun avec François Mitterrand. Il est le seul à avoir gagné un trophée majeur, dans les années 80. Mitterrand était à l’Elysée depuis deux ans, quand l’enfant de Yaoundé remporta Roland Garros. Laurianne Deniaud, 30 ans, ambassadrice de François Hollande auprès de la jeunesse, était à peine née. C’est pourtant elle qui joue les animatrices sur l’immense plateau. Le chanteur, personnalité préférée des Français selon les sondages, interprète quatre titres bien pensants, mal servis par une sono confuse. Il souhaite « bonne chance au chef, bonne chance à Monsieur François Hollande ! » Le comédien Denis Podalydès, lui, a enregistré un message vidéo : il espère jouer bientôt le rôle de François Hollande au cinéma… Après un clip consacré à l’histoire de la gauche, de Léon Blum à Martine Aubry, un diaporama retrace le parcours de François Hollande. On se croirait à la noce quand les bons copains ont rassemblé tous les clichés des albums de famille pour évoquer la vie de garçon du marié. Sauf que les photos du jeune Hollande sont rares…

Un portrait vidéo démarre. La voix du candidat se détache sur des arpèges de piano. Il promet de ne pas oublier le 21 avril. « Rien ne m’a été attribué par je ne sais quel privilège. Rassembler, rassembler toujours la gauche et les Français. Le changement, c’est maintenant »

Puis le candidat entre en scène. Il fend la foule, distribue les poignées de main et les baisers sur un beat très dance. Visiblement ému, il goûte l’ovation.

Je suis venu vous parler de la France qui souffre et de la France qui espère »
« Je suis venu vous parler de la France qui souffre et de la France qui espère ». Ecce homo. Au Bourget François Hollande vient administrer la preuve qu’il est du bois dont on fait les présidents de la République. Après un long échauffement consacré à définir le job, François Hollande passe aux confidences. « Tout dans ma vie m’a préparé à cette échéance ».

La gauche, il ne l’a pas reçue en héritage. Il a grandi en Normandie, dans une famille plutôt conservatrice. Mais son père l’a aidé à affirmer ses opinions bien qu’il ne les ait pas partagées. Sa mère lui a transmis « l’ambition d’être utile ». Cette gauche, il dit l’avoir aimée avec François Mitterrand et servie en gouvernant (sic) « avec honneur » aux côtés de Lionel Jospin. L’ancien premier ministre, fort acclamé, en a les yeux humides. « Mais aujourd’hui, c’est moi qui porte votre espoir, qui porte l’obligation de gagner ». La salle se déchaîne : ovation debout. Hollande, né neuf ans après la fin de la guerre, évoque la mémoire de la Résistance. A Tulle, cité suppliciée par la barbarie nazie, il a appris le nom de 99 pendus et 200 déportés. « C’est leur lutte qui m’inspire aujourd’hui. »

« Vous me connaissez depuis 30 ans, confie Hollande. Ce que vous voyez ici, c’est ce que je suis ! » Il n’y a pas de tromperie possible. C’est bien lui, en effet ! « J’ai fait de l’engagement ma vie entière. Je n’ai pas besoin de changer en permanence pour être moi-même. J’aime les gens quand d’autres sont fascinés par l’argent » Et si certains lui reprochent de ne jamais avoir été ministre, il rétorque : « ce sont les mêmes qui reprochaient à François Mitterrand de l’avoir été onze fois. »

Il n’a pas de nom, pas de visage, il ne se présentera pas aux élections et pourtant il gouverne… C’est le monde de la finance ! »
Hollande se moque bien de ces chicaneries. Il ne se connaît qu’un adversaire. « Il n’a pas de nom, pas de visage, il ne se présentera pas aux élections et pourtant il gouverne… C’est le monde de la finance ! ». Séparation des activités bancaires commerciales et spéculatives, interdiction des filiales dans les paradis fiscaux, suppression des stock-options, imposition des bonus et instauration d’une véritable taxe sur les transactions financières… Le candidat socialiste reprend à son compte une bonne part des propositions de son aile gauche. Martine Aubry, Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, apprécient. Jean-Luc Mélencon doit hausser les épaules devant sa télé.

Hollande n’est pas un Hercule mais il s’assigne quelques gros travaux. D’abord, relancer l’Europe par l’intervention de la Banque centrale, l’émission d’euro-obligations et « une nouvelle politique commerciale basée sur des règles sociales et environnementales de stricte réciprocité ». Ensuite redresser la production, notamment en fondant une nouvelle banque publique d’investissement. Restaurer, enfin, les finances publiques. « Mais il sera mis fin au non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. »

Suit un hymne à l’égalité, de 1789 à nos jours, couvert par les acclamations et les cornes de brume. La voix de Hollande flanche. « François Président », scande la salle. Hollande évoque la mémoire de Camus, orphelin élevé par une mère pauvre et sourde mais sauvé par la « main tendue » de la République. « Je ne me poserai comme Président qu’une seule question avant toute décision : est-ce que ce que l’on me propose est juste ? » C’est le moment de défendre la « réforme fiscale », mère de toutes les réformes.

Hollande n’oublie pas la fermeté. « Aux délinquants financiers, aux fraudeurs, aux petits caïds, le prochain président les prévient : la République vous rattrapera ! » Mais les adeptes du téléchargement illégal qui écument Internet peuvent voter Hollande. Il proposera une loi qui ménagera un large accès aux contenus tout en préservant les droits des auteurs. Ce sera « l’acte 2 de l’exception culturelle française ». Au parterre, Pierre Lescure, Jean-Michel Ribes applaudissent.

« Rêve français »
« La vérité doit guider nos pas », disait Mendès-France. Revoilà Hollande le réaliste, soucieux des finances publiques. « Je ne promettrai que ce que je peux tenir. Le quinquennat s’ouvrira sur des réformes de structure et c’est ensuite que nous pourrons redistribuer ce que nous avons engrangé. » Le premier gouvernement Hollande, s’il existe, ne chômera pas. « Avant même les législatives, j’engagerai la réforme bancaire. Nous savons que nous avons des moyens limités mais nous avons la volonté. »

L’envoi final est consacré à la jeunesse. « J’ai beaucoup réfléchi depuis plusieurs mois à ce que pouvait être l’enjeu de l’élection présidentielle. C’est pour la jeunesse de notre pays que je veux présider la France. La jeunesse sera une grande cause nationale. » Hollande pense surtout aux 150 000 victimes de notre système qui sortent de l’école sans diplômes. « Aucun jeune de 16 à 18 ans, ne restera sans solution. » Je veux être évalué sur ce seul engagement : « Est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu’en 2012 ? »

Quand Hollande parle du « rêve français », la droite se gausse. « C’est vrai ce n’est pas un rêve que nous vivons, en ce moment », relève Hollande. Mais le candidat socialiste, lui entend bien reprendre le chemin tracé avant lui par les révolutionnaires de 1789 et les républicains de tous poils. Il cite Shakespeare : « ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve » « Le rêve français, c’est l’achèvement de la promesse républicaine. La France n’est pas un problème, la France est la solution. Le changement, c’est maintenant l’espérance c’est maintenant. Le changement, j’y suis prêt. Vive la République et vive la France ! ». Hollande, qui n’a pas prononcé une seule fois le nom de Sarkozy, a la voix cassée. La foule du Bourget est debout. Mission accomplie. La Marseillaise retentit, entonnée par des milliers de bouches.

 
Par Sylvain Courage
journaliste (Nouvel Observateur)

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