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Le PS veut éviter que la primaire ne dégénère en guerre des chefs

Classé dans: Actualités, Parti socialiste

Le Parti socialiste entre de plain-pied dans la primaire. Après des mois de précampagne, où les challengers, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal, François Hollande et Manuel Valls, ont tenté de s’installer dans le paysage, Martine Aubry entre en scène. Malgré les pressions, la première secrétaire du PS a choisi d’attendre le jour de l’ouverture du dépôt des candidatures. Elle se déclarera mardi 28 juin dans sa ville, Lille, à la gare Saint-Sauveur, ancienne gare de marchandise, reconvertie en site culturel. Elle y fera une courte déclaration solennelle à l’adresse des Français, entourée de Lillois.

François Hollande avait, lui aussi, fait acte de candidature dans sa ville de Tulle, le 31 mars, à l’issue de sa réélection à la tête du conseil général de Corrèze. Les deux principaux rivaux présentent des profils similaires : deux responsables du parti, deux « enfants » de Lionel Jospin, deux héritiers de Jacques Delors.

Martine Aubry et François Hollande ont chacun dirigé le Parti socialiste. Mais tandis que François Hollande s’efforce, depuis un an, de se défaire de ses habits d’ancien premier secrétaire, pour apparaître comme un homme neuf, Martine Aubry compte pleinement sur sa légitimité institutionnelle pour rassembler autour de sa candidature. Elle fera aussi valoir son expérience ministérielle face à son rival qui n’a jamais décroché un maroquin, quand elle-même était promue n° 1 du gouvernement Jospin en 1997. Leur animosité respective laisse présager un âpre combat.

Mardi 28 juin, peu après la déclaration de Martine Aubry, François Hollande se rendra sur les terres voisines de celles de sa concurrente, dans le Pas-de-Calais, avec Daniel Percheron, le puissant responsable de la fédération et ennemi historique de Martine Aubry. Le député de Corrèze n’a pas souhaité modifier son programme. « Il n’y aura pas d’interférence », assure-t-il.

Le candidat sera toute la semaine sur le terrain, avant de s’envoler pour les Antilles. A son retour, il présentera son équipe de campagne et ses grandes orientations. François Hollande espère convaincre le strauss-kahnien Pierre Moscovici de le rejoindre pour faire contrepoids à la première secrétaire qui a rallié une partie des lieutenants de DSK installés dans l’appareil, ainsi que le groupe des anciens rocardiens, réunis derrière Michel Destot, le maire de Grenoble.

Même s’ils s’en défendent, arguant ne pas se situer dans une logique de congrès, les deux concurrents bataillent pour obtenir le soutien des socialistes, membres de l’appareil, parlementaires et élus locaux. Michel Destot lancera, après la candidature de Martine Aubry, un appel auprès des grands maires de France pour soutenir la maire de Lille.

La patronne du PS se présentera en « rassembleuse », garante de l’unité, d’un projet, d’un cap. Il y a un mois et demi encore, le scénario de sa candidature était très improbable. Le PS spéculait sur la date d’entrée en campagne de Dominique Strauss-Kahn, grand favori des sondages, contraint par un agenda compliqué à la tête du Fonds monétaire international (FMI), de retarder son retour en France. Très distancée dans les études d’opinion, Martine Aubry se serait sans doute effacée derrière son allié du congrès de Reims. Laurent Fabius, l’autre allié, s’était mis au service de DSK et préparait activement sa campagne.

L’arrestation du directeur général du FMI à New York, le 15 mai, a totalement modifié la configuration de la compétition interne des socialistes. Ce ne sera pas la primaire de confirmation attendue mais une primaire de sélection.

Les deux principaux rivaux, Martine Aubry et François Hollande, se tiennent dans un mouchoir de poche. Distancée dans les sondages, Ségolène Royal espère toujours inverser la tendance. Alors que ses concurrents envisagent une pause estivale, la présidente de Poitou-Charentes consacrera l’été à mener campagne dans les quartiers populaires et auprès des Français privés de vacances. Si elle n’arrive pas à revenir dans la compétition, l’ancienne candidate de 2007 peut espérer être en position d’arbitre, tenant dans ses mains l’issue de la primaire.

Les deux quadras, Arnaud Montebourg et Manuel Valls, ont peu de chance de s’imposer, mais peuvent espérer se positionner pour 2017. Pierre Moscovici est encore indécis.

Martine Aubry, candidate, le Parti socialiste devra trouver une solution transitoire pour lui succéder à la tête du parti, au moins jusqu’au vote final, le 16 octobre. Les candidats à la primaire veulent un PS impartial dans la compétition. Martine Aubry a proposé que le numéro 2 du parti, Harlem Désir, lui succède avec une direction collégiale, composée des représentants de chaque candidat.

Un conseil politique a été convoqué le 30 juin pour arrêter le scénario et trancher les questions qui restent encore pendantes, notamment celle de la configuration de la prochaine université d’été de La Rochelle et celle des débats entre les candidats. Les challengers y sont favorables, les favoris moins. Mais tous les prétendants à la primaire partagent la même volonté de se départager sans se diviser et ne pas « abîmer » le futur candidat à la présidentielle.

Les socialistes veulent éviter de reproduire l’exemple de la primaire écologiste, qui oppose crûment Eva Joly et Nicolas Hulot. Ils veulent surtout ne pas répéter les erreurs de 2007, où les éléphants du parti avaient renâclé à soutenir Ségolène Royal. La candidate désignée face à Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, n’avait rien fait, de son côté, pour tendre la main à ses anciens adversaires.

Après trois échecs consécutifs à la présidentielle, les socialistes ne peuvent plus se payer le luxe de la division.

Sophie Landrin

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