Est-ce la fin des affiches électorales ?


Image 4 : le couple Blair « Nous n’avons jamais voté conservateur, mais nous aimons leur idée, de baisser les impôts pour les milliardaires. »
Image 5 : Le chef du Parti conservateur, David Cameron souvent taxé de snobisme : « Moi aussi, j’ai grandi dans une cité. »
Pour la première fois, la campagne électorale britannique est dominée par les nouvelles technologies
Qu’est-il arrivé aux tories ? Donné gagnant jusqu’il y a peu, le Parti conservateur, n’a aujourd’hui que deux malheureux points d’avance dans les sondages, à seulement quelques semaines des élections. Parmi les tentatives d’explication, on invoque le flou de leur programme ou encore les réticences de l’opinion publique à se voir soumise à un régime d’austérité. Mais cette débandade est peut-être également imputable à la géniale pochade d’un certain Clifford Singer, 41 ans, sur Internet. Le 5 janvier dernier, les tories, donnaient le coup d’envoi de leur campagne pour les législatives,prévues pour le 6 mai. Pour près de 500000 livres, ils avaient loué 759 panneaux d’affichage dans tout le pays afin d’y placarder la désormais célèbre image de leur chef , David Cameron. Les commentateurs ont tout d’abord glosé sur le visage retouché de Cameron.
Initialement, on utilisait Photoshop pour faire des parodies d’affiches. Puis un petit programme où il suffisait de taper le slogan pour que la programmation fasse le reste a été mis en ligne. Une avalanche de parodies a alors déferlé sur le web : Twitter et Facebook ont fait passer le mot, et en un clin d’oeil les internautes ont mis en ligne plus de 150 000 parodies ridiculisant le parti de David Cameron. La riposte ne s’est pas fait attendre, et les blogueurs de ConservativeHome ont rapidement créé leur propre site parodique avec MyLabourPosters.
Fin février, même des vétérans du jeu politique reconnaissaient qu’un pas avait été franchi. Alastair Campbell, responsable de la communication sous Tony Blair, a eu cette question très pertinente : « Est-ce la fin des affiches électorales ? » Le Parti travailliste a fait savoir qu’il abandonnait les panneaux publicitaires une décision largement motivée par l’état catastrophique de sa trésorerie, mais qui a contribué à alimenter les commentaires. L’affaire du site Mydavidcameron.corn montre à quel point les élections de 2010 seront différentes de tous les scrutins précédents. « Cette manière de faire de la politique dirigée d’en haut est de plus en plus remise en question, explique Clifford Singer. Tout d’un coup, tout le monde a son mot à dire. je ne dirais pas qu ‘Internet a complètement changé la donne, mais je crois que, dans ce domaine, la, démocratisation est en, marche. » Paul Staines, créateur du très vulgaire blog sur l’actualité de Westminster Guido Fawkes, est plus péremptoire : « C’est la fin de la politique à la papa, dit-il. Le bon vieux truc de l’affiche électorale,péparée en secret et dévoilée en grande pompe lors d’une conférence de presse et placardée dans tout le pays c’est fini. Aujourd’hui, votre affiche ne tient pas une heure. »
TOUT D’UN COUP, TOUT LE MONDE A SON MOT À DIRE
En 2005, la campagne était encore des plus conventionnelles. Bien sûr, il y avait une poignée de blogs qui couvraient les élections en plus des sites des grands médias, mais la tonalité générale était restée la même.YouTube avait à peine deux mois et Twitter et Facebook n’avait pas encore été inventés. Cette fois, l’ambiance s’annonce différente. Les partis, grands ou petits, utilisent avec enthousiasme ce qu’ils s’obstinent à appeler les « nouvelles technologies » en s’ajustant avec plus ou moins de bonheur à toutes leurs implications. Les tories se dépensent sans compter sur Facebook pour attirer l’attention des 23 millions de Britanniques inscrits sur ce réseau social. De son côté, le Parti travailliste, désireux de renouveler la prodigieuse performance de Barack Obama sur Internet promis une campagne « énorme » pour recueillir des dons en ligne.
John Harris (The Guardian)

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